Jeudi 19 janvier 2012
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Dans l'imaginaire
Non, ne pleurez pas ! Ce n'est pas triste, c'est la vie. Vous saviez pourtant que cela devait arriver. 90 ans ... j'ai envie maintenant de marcher sur la Voie
Lactée. De partir à cheval sur la Grande Ourse à la rencontre de l'Etoile Polaire et au petit matin de m'évanouir en plein soleil. Puis revenir le
soir au crépuscule vous dire un petit bonjour, juste là près de Venus. Vous ne me verrez pas mais je serai pour vous, toujours présente.
Je vais vous dire un secret ... Approchez-vous ... plus près ... J'ai toujours regretté de ne pas avoir rencontré le Grand Léo, de n'avoir jamais assisté à un de
ses concerts. Il m'aurait été pourtant facile de le faire, mais je n'ai pas pris la peine de réaliser ce rêve. Surtout j'aurais voulu le côtoyer dans sa vie de tous les jours. Mais il est parti
vivre en Italie. Pas aisé.
Il avait une grande gueule, un charisme. Un peu anar ... un peu ... beaucoup même, et c'est ce qui me séduisait. Il a chanté les grands poètes : Verlaine, Rimbaud,
Aragon. Controversé, souvent interdit, quelquefois aimé et trahi, il était atypique. Alors j'espère que je vais le découvrir au détour de la Voie Lactée, sa crinière blanche flottant dans le bleu
du firmament, rugissant contre tous ces engins que nous envoyons dans l'espace pour explorer. Mais explorer quoi !!! N'aurons-nous pas le temps de le faire lorsque nous franchirons le Grande
Porte. Porte ouverte sur l'au-delà.
En attendant prenez bien soin de vous et comme moi, arrivez à la fin du voyage, heureux du temps passé même s'il a ses vicissitudes, ses ronces et ses épines.
Tenez, prenez un mouchoir dans la boîte que mon adorable arrière-petite fille a décoré pour moi et faîtes bonne figure, souriez. Oui je sais, ce n'est pas facile. Je suis passée par là, moi
aussi, lors du départ de ceux dont c'était l'heure et de ceux qui nous ont quittés trop vite. Regardez le petit dernier qui joue au pied de mon lit en babillant, il est mon éternité, ma
descendance.
-Oui Léo, j'arrive. Encore quelques instants pour faire mes adieux, pour rassurer, pour sécher les larmes ... encore quelques minutes.
Edité dans "Le troisième vendredi du moi" Atelier d'écriture de la Fnac Bellecour 2008/2009
Rassurez-vous je n'ai pas 90 ans même si je suis née le 19 janvier à Paris à 21h30
Jacqueline